07 mars 2009

Mélo mania

La musique est en moi comme un double. elle est mon compagnon au réveil, dans les transports,  lorsque je cours, lorsque je me relaxe, quand je pleure, quand je pense, quand je m'endors, quand je fantasme. Elle scénarise mes émotions, me protège des autres, me permet de m'évader, stimule mes sens, me tient compagnie.

Petite à la maison, la musique était présente très souvent. Pendant que je faisais studieusement mes devoirs, ma mère écoutait Sade, Etienne Daho, Mike Olfield, Louis Armstrong. Et pendant les "lâchages" avec ma soeur nous sautions partout sur Bob Marley, (ma mère est fan), nous escaladions les chaises et canapés au ryhthme de "I want to break free" de Queen, simulant le micro, remuant la tête dans tous les sens, j'en garde une grande sensation de plaisir et revis la scène comme si c'était hier. L'été quand nous dînions dehors sur la terrasse, on (toujours ma soeur et moi) mettait les watts et on bougeait sur Johnny Clegg, à se fatiguer de rires... Quel baume d'y repenser.

A la recherche de nouveaux sons, j'aime naviguer de style en style, et ce qui me grise le plus c'est lorsque le hasard me sert un coup de foudre, que je me passe en boucle les premières fois que je l'écoute. C'est l'effet que m'a fait Björk (eh oui, encore désolée). C'était en janvier 1994, j'avais 14 ans, la vie était très difficile chez moi. Question de survie, je passais quasiment tous mes week end chez ma meilleure amie. Nous faisions de la danse moderne à cette époque, nous partagions toutes les deux une véritable passion pour la danse et la musique, comme beaucoup d'autres ados. Pour la danse c'était plutôt la période Madonna, Mickael Jackson, Mylène Farmer (et oui...)pour les principaux, et puis aussi des morceaux tels que "Relax" de Frankie Goes To Hollywood, "Eye of a tiger" de Survivor, "The miracle of love" d'Eurythmics (que d'heures passées à les écouter), Jimmy Summerville, Boy George, Depeche Mode... C'était un vrai échappatoire ces sessions passées enfermées dans sa chambre des heures, allongées sur son lit à écouter, ressentir, commenter et imaginer des pas de danse sur toutes ces mélodies...
Donc, janvier 1994, Boy (C'était un pote qui s'appellait hervé, mais passionné par Boy George, la mode et les hommes; il se faisait appeler Boy. Un sacré phénomène quand j'y repense, il se faisait ses fringues lui même, collectionnait les pages des magasines de haute couture et avait une sensibilité très attachante) rentre d'un de ses allers retours sur Paris. (ben vi, pour se balader rue Montaigne, prendre un jus de fruit dans le marais et finir aux puces car il n'avait les moyens que pour s'acheter des fringues à "customiser") Il sonne 10 fois à la porte de chez mon amie. Il a dégoté un Cd d'enfer, une nana qui vient de se lancer en solo, après avoir monté un groupe de punk, c'est super, faut l'écouter de suite, et puis elle est un peu barrée, se fait des chignons plein la tête, à Paris c'est supermégatropgrave tendance!!! Nous sommes tous les 3 posés dans la chambre, on écoute le premier morceau "Human Behaviour". Je trouve qu'elle a une voix un peu spéciale, la mélodie est différente, en fait je trouve ça bizarre mais ça me vient chercher de nouvelles sensations en moi...
Nous avons fait deux copies du cd, je suis rentrée chez moi avec peu d'envie comme à chaque fois. Ca a commencé ce dimanche soir là, en boucle, chaque chanson... J'ai enchainé encore et encore les morceaux, "Come to me", "Venus as a boy", "Play dead"... Mes yeux ont brillé, ça peut certainement sembler très con ce que je vais dire, mais ma vie a pris un autre sens depuis, sûrement à cause du contexte difficile de mon adolescence. Cette musique là a permis et permet toujours à certaines blessures de guérir. Elle travaille en moi, évolue, mûrie, se transforme, m'apaise et me stimule.
Depuis, les albums se sont enchainés et ne se sont pas ressemblés. Je n'en ai loupé aucun. Une véritable addiction émotionnelle. Cette artiste accompagne ma vie depuis 15 ans, son son me perturbe toujours comme ce dimanche en 1994, avec multiples émotions différentes: puissance, calme, transcendance, nostalgie, joie, tendresse, agitation, tristesse, sensualité.

J'ai 4 ans de moins que ma soeur. Notre écart d'âge m'a permis d'aller à la rencontre de musiques de lycéens alors que j'étais au collège. Entre l'occurence: la découverte du rock. Ainsi les inévitables Rage Against The Machine, Pink Harvey, Metallica, Noir Désir sont entrés dans mon univers en trombe.

La musique et la danse liées m'ont permises de m'exprimer, de me sentir vivre en bougeant. En juillet 1994, ma mère nous a fait déménager à Toulouse, à plus de 700 km de mes racines. Prenant cette nouvelle à vif, j'ai très mal vécue ce départ. Notamment par le fait que j'étais folle amoureuse à cette époque. Ma mère est partie en mai, je suis restée dans ma région à vivre à droite à gauche dans ma famille. Notamment chez une de mes tantes qui avait une maison là où j'allais au lycée, sauf qu'elle n'y était pas. Son mari pilote de ligne l'avait emmener aux Etats Unis. J'avais la maison pour moi, c'était invraisemblable, j'avais 14 ans et une maison à moi seule! Il y avait un matos de malade pour le son, mon oncle aimait beaucoup le matériel hi fi de pointe et avait une collection de CD démente... Je me souviens, le salon était lumineux du fait d'une grande baie vitrée donnant sur une vallée en hauteur. Un par un, j'ai pris les cds et me suis nourrie de tous ces sons que je ne connaissais pas. Je dansais seule les yeux fermés, vivante, libre d'exprimer les ondes par mon corps. Voyant la date fatidique du départ s'approcher, la perte de mes amis, de mes repères je souffrais et m'accompagnais déjà de musique qui me permettait de voir les choses de façon plus positive. Je crois notamment que l'artiste que j'ai découvert à cette période le plus marquant est Tori Amos. Certes ces morceaux ne sont pas toujours très joyeux, mais j'aime ses arrangements, sa voix et ce qu'elle raconte.

TKO, groupe de Hip Hop monté par deux mecs passionnés de musique. Je n'ai fait que de la danse moderne, mais j'aitout de même tenté ma chance... Je passe l'audition sur un morceau de Janet Jackson, ça se passe bien même si mes pas sont un peu trop souples pour le New Jack mais je peux progresser. Pendant 2 ans on a enchainé les démonstrations en soirées, en boîtes, en concours de danse. C'était le top, ce groupe m'a permis de vivre l'éloignement, d'avoir une motivation. J'en garde un souvenir sensationnel car on a vécu notre délire à fond, jusqu'à faire un clip, jusqu'à bouger sur la côte pour participer à des démos lors de concours de DJ avec un Dj qui aimait ce que l'on faisait. Nous ne nous sommes jamais pris au sérieux, nous faisions ce que nous voulions. Mon plus fort souvenir est la reprise de la chorégraphie de Janet sur "Rythm nation", à l'époque un carton... Mais quand je regarde le clip, je me dis que j'ai peut être idéalisé nos performances :)

Alors la musique est là, tout le temps, je ne me lasse pas de la découvrir encore et encore, au travers des autres aussi. Dis moi ce que tu écoutes et je te dirais qui tu es. C'est très plaisant de partager ses plaisirs. Qui plus est de les partager lors de concerts ou de petits moments d'écoute en intimité. Je suis tellement habituée à avoir la musique au creux de l'oreille, que lorsque le son explose dans une salle comble je suis troublée et émue. Cette émotion commune, simultanée mariée à l'excitation de vivre cette musique en directe est vraiment palpitante. Ca donne la sensation que son propre coeur bat plus fort et que tous les coeurs présents battent au même rythme. C'est terriblement atomique les lives.

Mes humeurs influent ce que j'écoute, et bizarrement lorsque je suis triste je ne cherche pas à écouter des choses "happy". Ce n'est pas dans un souci de masochisme, mais plus que la musique accompagne mon humeur, s'y connecte. C'est la même choses pour toutes les humeurs. Qui n'a pas fait l'amour sur des vagues sismiques et sensuelles? les plaisirs du son et des corps se conjuguent. Ils se stimulent les uns et les autres. Certaines musiques décuplent l'envie, le désir; et cela parce que bien entendu elles stimulent les zones du plaisir. Les douces sonorités susurrées à l'oreille, peu à peu, détendent mon corps comme enveloppé dans une chaleur invisible. Certaines mélodies deviennent hyper intimes, elles me mettent à nue par leur pureté et je les laisse s'insinuer en moi en toute confiance. Elles me permettent de m'abandonner. J'ai le sentiment qu'elle pénètre parfois jusque mon inconscient. Je plonge dans un rêve éveillé car mes émotions se sont arrimées à des mélodies et je suis transportée à mon insu.

Je crois que si la musique prend une telle place dans ma vie, c'est qu'elle me permet de vivre profondément mes émotions, dont celles que je refoule dans la vraie vie. Elle crée un espace où mes émotions ressenties sont susceptibles d'élargir mon champ de pensée, comme un éveil, une ouverture sur le monde, sur les autres et sur moi.

Posté par tipena à 13:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Mélo mania

    ça décoiffe

    et est-ce que les coiffures suivaient les différentes tendances musicales ? )))

    Posté par lolo, 17 avril 2009 à 22:04 | | Répondre
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